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  • Roger Salengro et la construction du beffroi de l'Hôtel de Ville de Lille
    de la minute 8'20 à 18'00 environ.


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  • Beffroi de Lille réouvert (ina.fr)
    13 heures le journal - 15/08/2006 - 03min15s



    Après cinq années de rénovation, le beffroi de L'Hôtel de Ville de Lille vient de réouvrir ses portes. Rappel historique et visite de ce momument art-déco, conçu par l'architecte Emile DUBUISSON, qui acceuillit la première télévision régionale de France, "Télé-Lille", et qui culmine à plus de 100 mètres, faisant de la mairie de Lille la plus haute de France. Rappel historique sur des images d'archives et des images factuelles de la construction du beffrois entre 1923 et 1931 dans le quartier Saint Sauveur. Le beffroi est à l'époque le plus haut bâtiment non métallique du monde. Christophe DUMONT, architecte de la ville de Lille, explique l'utilisation du béton armé par Emile DUBUISSON.Le beffroi peut à nouveau être visité; on peut avec le vieil ascenseur atteindre le sommet et se retrouver au plus haut point d'observation de la région. Au passage on passe devant les anciens studios de Télé Lille, première télévision régionale. On suit Cécile LEMAN, guide, et quelques visiteurs, Jean-Charles WANTIEZ, Pascale BERTRAND, touriste champenoise. Photos entre 1923 et 1931 : construction du beffroi et quartier Saint-Sauveur (archives mairie de Lille).


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  •     C'était la veille de la Saint-Nicolas. Un vendredi. Je me rappelle qu'il avait neigé. Il faisait un froid polaire. J'étais allé au court de droit civil, de trois à cinq, d'après l'horaire. Ça veut dire qu'il était six heures quand je sortis de la Fac. Je me souvins à ce moment que j'avais un ami à voir, à l'Hôpital Saint-Sauveur. C'était une ancienne connaissance, un camarade de lycée, qui faisait maintenant sa médecine et qui m'avait demandé je ne sais plus quel tuyau.
        Je quittai donc le quartier des Ecoles, je suivis la rue Lottin, pataugeant dans la boue sale. En ville, d'habitude, j'ai horreur de la neige. Mais cependant, malgré l'ignominie du cloaque où je piétinais, je me rappelle que je trouvais un certain charme à me promener à travers le vieux quartier de Saint-Sauveur. Vous avez été étudiant, vous connaissez donc Saint-Sauveur. Celui d'à présent est bien épuré, bien aéré. Tout le pittoresque en est mort. Du moins le pittoresque des vieilles choses. Moi, le Saint-Sauveur dont je vous parle, c'est celui d'il y a dix ans. J'ai l'air de jouer au vieillard, n'est-ce pas ? Mais le souci moderne de l'hygiène, la construction de l'Hôtel de Ville, de rues nouvelles, les bouleversements de toute sorte, ont métamorphosé le quartier. Il est morcelé, éventré, taillé en brèches et en trouées. Les lambeaux qui en restent sont maintenant isolés, en pleine lumière, en pleine exposition.
        En ce temps-là, au contraire, c'était encore le Saint-Sauveur médiéval. On y entrait un peu comme dans la Cour des Miracles. Il formait un tout compact, un conglomérat de vieilles bâtisses tassées, surplombant les trottoirs, croulant les unes sur les autres, coupées de ruelles étranglées et qui devaient n'offrir, à vue d'oiseau, qu'une carapace monstrueuse de toits raides, aux écailles de tuiles.
        Saint-Sauveur ne frappait pas que la vue. Il étonnait l'odorat et l'ouïe. Son odeur de peuple, ses relents de cuisine misérable, ses parfums de moisi, ses puanteurs d'essence et de produits chimiques ne se retrouvaient en aucun autre endroit. Et sa rumeur bruissante, ses cris d'enfants, ses clameurs de marchands ambulants, ses hurlements de bagarres, son argot, grasseyant et lent, spécial à ce seul quartier, je les reconnaissais, les retrouvais - non sans un certain plaisir - aussitôt tourné le coin de la rue de Paris.
        Ce soir-là, sous la neige, Saint-Sauveur se parait d'une aspect nouveau. Et tout ce pittoresque excusait à mes yeux l'inconvénient de patauger dans la boue fondante. Blanc en haut, noir en bas, le vieux quartier accusait des reliefs tourmentés. Ses toits épaissis et feutrés semblaient peser plus lourdement sur les murs décrépis. Aigus, pointus, dentelés en lame de scie, d'une pâleur vierge sur le ciel noir, il suffisait de les regarder là-haut pour évoquer l'apparition d'une chaotique cité du Moyen Âge, où la lune à son lever jetait des ombres d'encre et des blancheurs resplendissantes. Je me souviens que j'évoquais, tout en marchant, les yeux au ciel, le décor de Cyrano de Bergerac : "Un coin du vieux Paris pittoresque et lunaire", tandis qu'autour de moi une foule bien "vingtième siècle", grouillait et me bousculait. Sur les toits, je retrouvais la poésie romantique d'autrefois. Mais sur la terre, par contre, c'était toute la pouillerie de la grande ville moderne. Des paquets d'ouvriers sortaient des usines, marchaient en groupes sombres sur les trottoirs étroits, exhalant une odeur de renfermé, de suint, de métiers. Les ruelles s'obstruaient d'une engorgement de camions, d'autos, de cyclistes, de voitures. Des gerbes d'eau noire jaillissaient sous les roues. Et, en suivant la rue Wicar, je m'amusais à regarder des gosses qui ramassaient et pressaient dans leurs mains bleuies cette fange glacée pour faire des boules de neige, quand, en passant devant le seuil d'un long couloir bas, qui s'enfonçait comme l'entrée d'un souterrain dans la masse d'une vieille bâtisse, j'entendis des cris sauvages, des cris de femme que la fureur étrangle :
        - Quatre-vingt-dix francs pour ta semaine ! Tu te fous pas de ma gueule, non ? J'en veux pas, de tes quatres sous ! Il manque quarante francs, va les chercher !

    Maxence van der Meersch,
    Car ils ne savent ce qu'ils font... (1933)
    Chapitre IV


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